Avril 1998

 

 

94-98 : LES ANNEES CHOC

 

 

LE 28 AVRIL A BRUXELLES :

Avant d'évoquer ces années chocs, il est indispensable de souligner l'importante mobilisation des salariés ce 28 Avril venus faire part à Bruxelles de leur mécontentement sur la manière dont est traité le dossier Crédit Lyonnais, et leurs exigences sur la pérennité de leur entreprise et leurs emplois.

Merci aux 4000 collègues qui nous ont accompagnés à Bruxelles et merci à tous ceux qui les ont soutenus en faisant grève ce jour là !!!

La délégation qui a été reçue par Claude CHAINE, le directeur de cabinet de Karel VAN MIERT, a indiqué fermement ses inquiétudes ainsi que sa colère à la suite des propos évoquant la notion de faillite. Mais, cet entretien s'est soldé par un dialogue de sourd. Les représentants du Personnel sont convaincus qu'il faut continuer et durcir l'action en direction du Gouvernement Français, afin de sauver l'intégrité de notre entreprise et nos emplois.

 

Depuis 1994, le Crédit Lyonnais est le théâtre de multiples éclats et chambardements. Les pressions politiques et médiatiques de l'époque "post-Haberer" ont fatalement fortement influencé les options et orientations de la Direction Générale : pour donner des gages de bonne foi à Bercy et Bruxelles, en terme de redressement, elle a mis "les bouchées doubles" sur le court terme, sans pour autant exclure d'être les premiers à innover dans certains domaines ou les plus performants dans d'autres...

De plus, depuis 1996, la pression s'est accentuée, amenant à précipiter les réorganisations et restructurations diverses par le biais d'un nouveau plan social plus drastique que les précédents (5000 suppressions de postes). Parallèlement, un certain nombre d'accords d'entreprises arrivaient à terme, ou nécessitaient des réaménagements du simple fait des évolutions techniques et technologiques.

Dans cette période très difficile, FORCE OUVRIERE a tenu à assumer ses responsabilités de représentants du Personnel en participant activement à toutes les nouvelles négociations, sans jamais jouer la politique de la chaise vide ou de l'autruche en cachant les difficultés réelles.

En toute indépendance d'esprit, sans obédience à une quelconque idéologie, FORCE OUVRIERE a toujours recherché les solutions les plus adaptées, les plus pragmatiques, en vue d'apporter les garanties maximales à l'ensemble du Personnel, sans discrimination, et cela grâce à l'implication de tous au plan local comme au plan national..

 

Notre situation mouvementée a nécessité des efforts pour redresser l'entreprise et la concrétisation d'accords sociaux. Certains destinés à prendre en compte les évolutions commerciales et technologiques (banque par tél.), d'autres à éviter des licenciements en nombre important (RTT).

BANQUE PAR TELEPHONE

Dans la lignée des expériences concurrentes françaises et étrangères, le Crédit Lyonnais a lancé sa "banque directe". Mais avant de la généraliser grandeur nature, le Crédit Lyonnais a préféré tester une expérience à l'échelle locale, consistant à gérer les appels entrants, afin de renseigner ou de diriger les clients sur les interlocuteurs appropriés.

Ensuite, l'approche s'est faite plus commerciale - par réponse à la demande, bien sûr - mais aussi sur "appels sortants", dans le cadre d'une unité expérimentale basée à St-Maur. Le service, aujourd'hui opérationnel, a permis, par le biais d'horaires spécifiques et de travail en 7 équipes réparties sur la journée, de reconvertir des collègues dont les postes étaient appelés à disparaître ou qui se trouvaient intéressés par le travail à temps partiel (mi-temps ou 3/5°) ou en horaires décalés.

Sur une base de départ de 60 personnes, le dimensionnement de la plate forme pourrait atteindre au minimum 120 personnes, indépendamment des plates-formes spécifiques, type Fidélis. Cette nouvelle approche commerciale complémentaire du réseau (et non en concurrence) répond à une demande de la clientèle, et bien gérée permet de créer de nouveaux postes. C'est pourquoi Force Ouvrière l'a avalisée.

AMENAGEMENT DU TEMPS DE TRAVAIL

La pression concurrentielle et le souci d'être les premiers à ouvrir la brèche, ont amené la Direction à aménager le temps de travail des points de vente, pour offrir de plus larges amplitudes d'ouverture à la clientèle, essentiellement des particuliers et des professionnels.

L'objectif d'un meilleur service à la clientèle, dans des plages horaires étendues, nécessitait des effectifs étoffés et une organisation des points de vente adéquate. Or, ces évidences n'ont pas été intégrées. C'est pourquoi, F.O. n'a pas signé au plan national, cet accord qui ne faisait qu'aggraver la tension des points de vente.

Il faut pourtant dissocier l'avant et l'après Décret de 1997. Jusqu'en Mars 97, les projets d'aménagement étaient négociés localement. Dans ce cadre, et après de réelles négociations locales, Force Ouvrière a pu apposer sa signature sur des accords apportant des contreparties valables en terme d'avantages pour le personnel et de réorganisation de travail, de garantie d'emploi et de satisfaction de la clientèle...

Mais, depuis Avril 1997, les aménagements de temps de travail ne font plus l'objet de négociations et les hiérarchies locales calculent au plus juste, sans se donner les moyens de leur ambition (pas de renfort d'effectif, pas d'équipe volante, bouche-trous par embauches d'étudiants alors qu'il y a des collègues à reconvertir...). La Direction du C.L., voulant aller vite, a raté une occasion de nouer un dialogue social concret entre partenaires sociaux responsables sur des enjeux commerciaux réels.

COMMISSIONS SUR VENTES

Les représentants F.O. n'ont pas avalisé la nouvelle méthode de commissionnement sur ventes, car leurs propositions, résultats de remarques des exploitants, n'ont pas été intégrées par la Direction; Celle-ci n'a accepté aucune négociation, ni même la moindre suggestion sur le sujet. Nous attendons maintenant les premiers résultats de ce chamboulement pour en mesurer concrètement les impacts négatifs. Faites-nous remonter vos expériences !!!

La rémunération variable et le remaniement des "ex-rétros" sont les prémices d'un nouveau concept de rémunération : fixe + commission .

De nouveaux sujets importants à débattre pour lesquels il faudra être présents. !!!

SECURITE AGENCES

L'accord professionnel Sécurité, en vigueur, datait de 1974. Les évolutions de la criminalité, du dispositif commercial et de l'aménagement des points de vente, ont mis en évidence la nécessité de remanier cet accord pour assurer une sécurité maximum des personnes.

FORCE OUVRIERE avait été la seule organisation à signer l'accord Sécurité au niveau de l'A.F.B. en Mai 1996 pour l'ensemble de la Profession. Il ne restait plus qu'à l'adapter au C.L. ... / ...

Les représentants Force Ouvrière ont donc souhaité l'ouverture d'une négociation sécurité au C.L. en y prenant une part prépondérante.

FORCE OUVRIERE a voulu que le nouveau texte porte sur l'ensemble des points de vente : avec ou sans manipulation d'espèces et quel que soit l'effectif, afin que l'équipement matériel soit adapté à chaque situation. D'ailleurs, nous procédons actuellement au recensement des sites à équiper ou à réviser.

Point primordial : nous avons obtenu que les agences soient répertoriées en zone sensible ou non par agglomérations, et que l'équipement soit mis en conformité avec ce classement. Il a été, en outre, prévu le "dépoussiérage" des consignes de sécurité, la réactualisation du livret de sécurité et la formation pour tout le personnel concerné, stagiaires compris...

PLAN DE FORMATION

L'accord formation de 1989 avait été négocié et avalisé de façon consensuelle entre les Organisations Syndicales et la Direction, mais, bien que toujours d'actualité dans son esprit, l'expérience a mis en évidence deux écueils au plan de l'application :

- la complexité du formalisme générait une lourdeur et une rigidité préjudiciables à une réalisation concrète dans les délais requis.

- les votes négatifs, de plus en plus nombreux, des plans de formation locaux montraient le décalage croissant entre la théorie et les besoins concrets du réseau.

Le nouvel accord - pour lequel les propositions de FORCE OUVRIERE ont été intégrées - permet un allégement des procédures. Au fond, des tests concrets sont en cours sur la DE du Nord et sur le Bassin Parisien Nord, pour expérimenter les nouveaux concepts de suivi de formation (collant au plus près aux évolutions personnelles, technologiques, de carrière...) par exemple, via l'appel en stage dès la prise d'un nouveau poste...

RTT & MOBILITE

En Décembre 1996, le Crédit Lyonnais a mis en place son 3° Plan social consécutif, portant cette fois sur 5000 UTP. FORCE OUVRIERE a rejeté ce plan de suppressions de postes qui avait pour effet d'affaiblir le réseau d'une manière conséquente sur une courte durée, parallèlement à des réorganisations et restructurations déjà délicates à mener et "à digérer", comme UAC 2000, Défi Entreprises, Défi Pro...

La mobilisation des salariés à l'époque n'ayant pas fait modifier l'objectif de 5000 suppressions de poste décidé par la Direction, une négociation a été ouverte afin de déterminer l'instauration de mesures limitant au maximum l'impact pour le Personnel.

Petit rappel chronologique des différentes réunions qui ont précédé ces accords. Le 24 Juin 1996, à l'occasion d'une séance plénière de réflexion sur l'Emploi, le Président Peyrelevade annonçait son projet de concrétisation de gains de productivité d'environ 5000 UTP à fin 1998, selon le schéma suivant :

- 500 à 600 UTP sur le réseau, avec la fermeture d'environ 170 points de vente (ramenée ensuite à 130), 2200 à 2400 UTP sur les UAC, environ 550 UTP sur les centres, 1500 à 1700 UTP sur les unités fonctionnelles.

Ce projet s'accompagnait d'une "obligation de meilleure mobilité" - selon ses propres termes - sachant que le questionnaire mobilité avait donné 11.000 avis favorables à un changement de métier avec changement géographique sur 21.000 réponses.

De Juin à Décembre, les différentes négociations "Emploi" qui se sont succédées, ont clairement établi les enjeux. La mise en place des mesures "classiques" habituelles basées sur le seul volontariat (préretraites, départs pour projets extérieurs, temps partiel) ne permettait pas de couvrir les 5000 suppressions de postes. L'impasse portait sur 1000 à 1200 postes et donc personnes à préserver. Ce constat avait été avalisé, également, par un organisme publique extérieur choisi par les Organisations Syndicales et la Direction (l'ANACT). 1000 à 1200 de nos collègues pouvaient être concernés par des licenciements collectifs. Ce n'était plus un fantasme mais une réalité !!! La réduction du Temps de Travail pouvait représenter une opportunité favorable pour préserver les collègues concernés par ces possibles licenciements. ... / ...

Pour sa part, la Direction a mis carte sur table : en application de la nouvelle Loi de Robien, elle envisageait d'encaisser allégement des charges sociales et d'imposer une baisse de salaire au prorata de la baisse du temps de travail, avec selon les réorganisations, une mobilité imposée.

A ce stade, le mot d'ordre de grève du 25 Octobre ayant reçu peu d'écho , une négociation plus âpre - mais déjà faussée - s'est engagée. En effet, le 9 Octobre, la CFDT avait d'ores et déjà abordé la négociation RTT en acceptant le principe d'une contrepartie salariale !!!

Alors, FORCE OUVRIERE obtiendra un engagement de la Direction de ne pas procéder à des licenciements collectifs, contre la mise en place de la RTT prioritairement dans les UAC, puis dans les centres administratifs et les unités fonctionnelles, avec des modalités financières incluant le reversement total des aides d'Etat aux salariés, ce qui était un revirement complet.

Sur la mobilité, qui restait le cheval de bataille de la Direction, le texte initial ne prévoyait qu'une seule proposition : ce qui correspondait ni plus, ni moins à la simple application de la Convention Collective ! FORCE OUVRIERE a revendiqué et obtenu le principe de deux propositions avec un 2° entretien permettant de faire jouer les raisons médicales, familiales ou financières pouvant justifier un refus.

Notre but a été, est et demeure la négociation par des propositions réalistes, cohérentes, afin de protéger les personnes et d'éviter les licenciements collectifs. Toute action est contestable et peut, bien sûr, être contestée (et surtout, après coup!). La stratégie sécuritaire tendant à boycotter toute négociation ou à se poser systématiquement dans l'opposition, n'est pas très glorieuse. Elle est reposante et ne présente pas d'inconvénient immédiat. Ne constituant pas une force de proposition, elle présente pourtant le gros risque, dans les années 2000, de ne constituer - malgré les belles déclarations et les écrits sulfureux - aucune force de résistance à la déferlante qui secoue le monde bancaire.

Ce qui ne signifie pas que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Même si les bénéficiaires de la RTT sont maintenant très heureux de leur journée de congé supplémentaire, ce nouveau système a mis en évidence l'incapacité des hiérarchiques à réorganiser leurs services (par manque de culture, de formation et de moyens) et c'est souvent le B....... complet!!!

Même, s'il est vrai que le principe de mobilité ainsi érigé, est plus protecteur que la convention collective, cela n'empêche pas des pression locales inqualifiables. A chaque fois que nous en avons été saisies, nous sommes intervenus au plus haut niveau, avec des résultats positifs. D'autres ont choisi de se lancer dans des procédures judiciaires vouées à l'échec (la Direction laisse alors la procédure se dérouler sans plus accepter la moindre possibilité de négociation...).

Dans leur philosophie, ces deux accords, négociés dans les conditions que nous venons de rappeler, permettaient, en complément des mesures classiques, d'atteindre le but imposé par la Direction, sans recours aux licenciements, notre souci constant.

La Loi Aubry sur les 35H devra être discutée au C.L. Elle représente aussi une opportunité pour préserver nos collègues des secteurs sensibles, et pour renforcer le réseau par création de postes couverts par des réorientations et des embauches, permettant également de rajeunir notre pyramide des âges.

FORCE OUVRIERE n'a jamais caché ou minimisé les difficultés réelles que nous traversions et a préféré remplir pleinement son rôle d'acteur social, en faisant des propositions destinées à redresser l'Entreprise tout en préservant son Personnel.

Etre acteur ne signifie pas qu'il faut tout accepter, c'est aussi notre rôle de nous opposer à des tentatives négatives par des contre-propositions cohérentes.

Entre une politique de refus systématique en plus de procédures judiciaires médiatisées à outrance pour déstabiliser l'Entreprise, et accompagner le redressement du Crédit Lyonnais dans l'intérêt collectif de ses salariés : FORCE OUVRIERE n'a pas hésité et a choisi la voix de la négociation pour participer au redressement du C.L. et au sauvetage des emplois !!!

 

 

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