Paris, le jeudi 29 mars 1999.
Depuis plusieurs années, le secteur bancaire connaît une importante réduction d'effectifs liée aux évolutions des procédures et des technologies, à l'externalisation de nombreux métiers, et surtout à une recherche de rentabilité et de productivité qui se traduisent par une forte compression des frais généraux et de leur principale variable d'ajustement : les frais du personnel.
Mais, depuis quelques mois le monde de la finance, et l'AFB en particulier, vit en ébullition. Ces "braves gens" touchés par la grâce ne pensent plus qu'à se regrouper, partant du principe que "plus on est de fous, plus on rit". Et nous voilà transportés dans le monde des méga fusions, des marchés financiers, des OPA, OPE...
La Société Générale a amicalement "mangé" le Crédit du Nord et ses satellites, le Crédit Mutuel a hérité du CIC, le Crédit Lyonnais fait l'objet de nombreuses convoitises à la veille de sa privatisation, de la part de la Société Générale (ennemie jurée) et de la BNP (qui l'est tout autant), mais aussi d'AXA, ALLIANZ, Crédit Agricole, Banques Populaires...
Dans tout ceci, il reste encore à déterminer le rôle exact de BERCY (serait-il le véritable maître d'œuvre ou un spectateur attentif, et particulièrement intéressé par la naissance d'un groupe bancaire français de dimension mondiale ?).
Pendant ce temps le Crédit Lyonnais lâché par un de ses plus fidèles (PARIBAS, partenariat dans le cadre de Cétélem...) noue des relations fortes avec le Crédit Agricole (irréprochable lors des problèmes du Crédit lyonnais en 1998) les deux banques semblant d'un seul coup se trouver toutes les qualités réciproques pour formaliser un rapprochement dans le cadre du futur GAP (Groupes Actionnaires Partenaires).
Mais ce monopoly géant ne s'arrête pas là, car le monde de l'assurance (aux moyens financiers énormes, mais dépourvu de véritables réseaux pour écouler ses produits...) rentre dans la danse avec AXA (et son célèbre Président) mais aussi ALLIANZ le 1er groupe européen.
Enfin, à l'extérieur les marchés financiers et les banques étrangères suivent, d'un œil plus ou moins intéressé, ces grandes manœuvres, et ne désespèrent pas pour certaines d'entre elles (aux fonds propres nettement plus conséquents que les banques françaises) de rafler la mise en bout de course !
Tout ceci est bien sympathique, et, comme dit l'adage "selon que vous serez puissant ou misérable" les comportements changent, et les propos s'adaptent, quitte à dire l'inverse de ce que l'on a dit la veille (il est vrai que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis).
En fait, que se passe t-il ? Et bien figurez-vous qu'une OPA réalisée par la Société Générale sur PARIBAS est amicale, qu'une OPE de la BNP sur la SG et PARIBAS est inamicale, même si le PDG de la BNP "little Pébereau" jure et crache par terre, qu'il n'y aura aucune incidence sociale s'il rachète le Crédit Lyonnais ou réalise une OPE sur les deux banques précitées.
La Société Générale affirmait d'ailleurs la même chose vis à vis du Crédit Lyonnais et de PARIBAS, comme AXA, l'une des pièces maîtresses du jeu gagnantes dans tous les cas de figure, l'affirmait avec l'UAP (apparemment 700 suppressions de postes prévues, en attendant mieux...).
Et dans toutes ces approches "politico financières", que deviennent les salariés, qui subissent depuis des années des suppressions d'emplois par milliers, qu'il s'agisse de Plans sociaux comme au Crédit Lyonnais où de Plans d'Adaptation pour l'Emploi (belle formule) comme à la BNP avec plus de 1000 emplois supprimés par an, qu'il s'agisse du Crédit du Nord qui a réduit ses effectifs de plus de 50% en 15 ans, de la SMC qui a fait de même en 10 ans, de la Société Générale championne des bénéfices mais aussi des réductions d'effectifs...
Combien de dirigeants, y compris au niveau de l'encadrement, avons-nous entendu s'élever contre ces politiques, combien d'hommes politiques ont réagi, si ce n'est les élus locaux concernés par le CIC et la perte de plusieurs centaines d'emplois (et d'électeurs).
Depuis quand nos responsables nationaux et locaux sont-ils devenus soucieux de l'emploi ? A quel moment ont ils informé les partenaires sociaux de leurs démarches respectives ? Depuis quand les considèrent-ils comme des gens responsables ? Depuis un mois ou deux, depuis que leurs établissements sont, en fonction du moment, acheteurs ou rachetés.
Ils cherchent même à opposer les salariés et les syndicalistes des banques entre eux, en disant : ceci est bien pour l'emploi, ceci est mal !
Ils en appellent même à la mobilisation interne (et générale), tous unis dans un même combat; puisque nous sommes tous sur le même bateau (pas forcément au même étage, certains rament même plus que d'autres, et lorsqu'ils sont considérés comme moins performants on les autorise à aller se reposer... ailleurs).
A qui veut-on faire croire que les dirigeants qui n'ont eu de cesse de dénoncer les acquis, avec d'abord l'abrogation du Décret 37 (et la bénédiction gouvernementale), la dénonciation de la convention Collective et des Accords d'Entreprise, la signature d'un accord sur la RTT à l'AFB créant plus de flexibilité, de précarité, et pas d'emplois... qui ne parlent que de coefficient d'exploitation (ratio mettant en rapport les Frais Généraux/PNB), de rentabilité et de productivité, seraient tout à coup touchés par la grâce divine et craindraient des "suppressions d'emplois" !!!
L'on oublie de dire aux salariés, aux clients... que les fusions n'ont qu'un but essentiel, au-delà de l'effet de taille qui reste discutable et sur lequel les experts économistes et financiers ne sont pas d'accords entre eux, : la recherche d'un taux de rentabilité de 15 à 20% et la gestion orientée par les actionnaires (notamment anglo-saxons porteurs de fonds de pensions) qui décideront véritablement des politiques à mener, sans se préoccuper de l'emploi en tant que donnée sociale.
S'il est vrai que des solutions paraissent plus rassurantes que d'autres, ne serait ce que par leur complémentarité, il n'en demeure pas moins que l'emploi et les salariés seront à terme les principales victimes de ces fusions et regroupements, et qu'il serait dangereux de se laisser bercer d'illusions par les chants de certaines sirènes (rappelons-nous ULYSSE).
Il convient donc que le personnel, y compris les partenaires sociaux, ne se laisse pas entraîner dans un "conflit" qui n'est pas le leur, mais celui du monde de la finance et de ses marchés; et la question fondamentale est : Que sommes-nous prêts à faire, nous Syndicalistes, Salariés, et aussi Usagers, pour défendre un système bancaire qui accorde la priorité à l'emploi, et joue le rôle économique qui devrait être le sien, plutôt que de spéculer sur les marchés financiers dans des placements à hauts risques, au lieu de jouer les soldats pour des rois qui se taillent des empires sur notre dos!
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