PRIVATISATION : OÙ EN SOMMES-NOUS ?


Paris, le 02 Mars 1999

Nous ne parlerons pas ici du principe politique de la privatisation. Ce débat est devenu dépassé dès lors que la décision a été entérinée en 1998 par le Gouvernement Français et Bruxelles, après un débat houleux qu'avait accompagné une forte mobilisation du Personnel du C.L.

 

Ce qui nous paraît important aujourd'hui, c'est de savoir dans quelles conditions va se réaliser cette privatisation, quels seront les participants significatifs au capital, puis celui ou ceux qui auront la majorité relative ou absolue.

 

Pour cela, il faut que ces derniers soient agréés par la Commission de Privatisation, par le Gouvernement et par la Commission Européenne.

 

Le Ministre de l'Economie et des Finances, Dominique Strauss Kahn, annonce très nettement que la mise en œuvre de la privatisation sera ouverte et transparente. Nous pouvons penser que nous n'avons pas le choix si nous voulons diminuer les risques de recours devant la cour de justice européenne. A ce sujet, il est tout de même curieux de constater que la Société Générale a retiré son recours au moment de l'annonce de son rapprochement avec Paribas, et son intérêt pour le "nouveau Crédit Lyonnais" peut surprendre. Si nous en jugeons par l'évolution des cours des actions de la SG (-14%) et de Paribas (-12%), le rapprochement avec ce groupe risque de ne pas produire un engouement des investisseurs.

 

Pour ce qui concerne le C.L., nous devions connaître fin février la liste des partenaires. Ceux-ci devraient approuver le projet d'entreprise (programme triennal) qui sera exposé au CCE le 4 mars. Il semble que la SG - Paribas ait perturbé les plans aussi bien de l'état major du CL que de Bercy. Normalement, nous devrions connaître cette liste début mars sans que le reste du calendrier soit mis en cause.

 

Pour mémoire, dès la communication des résultats le 17 mars, le processus serait mis en route avec l'augmentation de capital réservée au G.A.P. (Groupe d'Actionnaires Partenaires) de 8 milliards en avril et une O.P.V. (Offre Publique de Vente) pour le grand public en mai.

 

En résumé, en juin si le scénario Gouvernemental est respecté, le Crédit Lyonnais sera devenu une banque privée.

 

Cette simple énumération cache pudiquement toutes les craintes que peut nourrir le personnel. Selon les perspectives du monde financier ces prochaines années, nous aurons peut-être à connaître la continuation des restructurations, concentrations, redéploiements que nous connaissons depuis trop longtemps. Sans être opposés à l'évolution des sociétés, nous sommes beaucoup plus réservés sur cet activisme en matière de changements qui n'ont même pas le temps d'être achevés avant que n'en soit entamé un nouveau.

 

Cette multiplication dans les réorganisations trahit, à notre avis, une insuffisance d'analyses, de projections liées à un projet d'entreprise suffisamment cohérent sur le moyen et long terme.

 

Le personnel n'est pas dupe et s'identifie très difficilement aux projets qu'il subit plutôt qu'il ne les met en place.

 

Depuis 1993, l'équipe dirigeante du Crédit Lyonnais devrait avoir défini et appliqué, la plus grande partie de sa stratégie commerciale. Les nouvelles réformes annoncées, notamment de la DCAF ne sont-elles pas une surenchère et une aggravation anormale des conditions d'exploitation du réseau France ?

 

En dehors de la SG - Paribas, la B.N.P. et le C.A. sont candidats ou au moins intéressés par le Crédit Lyonnais. Monsieur Pébereau, Président de la B.N.P. a reçu les représentants de son personnel pour lui expliquer comment il envisage un rapprochement avec le C.L. sans casse sociale (?!). Il estime que l'évolution démographique des deux entreprises est telle (jusqu'en 2005 - 2006) que des incitations de départs sans licenciement devraient suffire. (Les conditions de départs à la B.N.P. sont largement moins favorables que celles appliquées actuellement au C.L).

 

Le Crédit Agricole présente plusieurs avantages : les redondances, même si elles sont importantes, le sont moins qu'avec la B.N.P. Le nouveau groupe créé aurait une "surface" immédiatement suffisante. Face à une telle hypothèse, la B.N.P. se verrait contrainte à une opération de marché le plus rapidement possible. Sa situation "d'opéable" la laisserait dans une situation particulièrement délicate.

 

Si les hypothèses sur la composition du G.A.P. restent ouvertes, il y a des éléments constants que l'Etat et les partenaires ne devront, en aucun cas, négliger.

 

Le plus important, c'est la prise en compte du Personnel, de ses intérêts en terme d'emplois et de conditions de travail, mais aussi de son adhésion.

 

Aucune opération de privatisation, de transfert de capital, de recomposition de celui-ci ne pourra se faire contre le gré ou contre la volonté du Personnel du C.L. Il est donc particulièrement important que les conditions de la Privatisation du C.L. se fassent sans "casse sociale".

 

Il faut, de plus, espérer que la répartition au sein du G.A.P. soit équilibré, de manière à éviter tout blocage mortel pour la gestion de l'Entreprise, et donc pour l'Emploi.

 

Le rapprochement entre deux réseaux français de même nature aurait des conséquences sociales très importantes, en raison des doublons des réseaux commerciaux et administratifs. Malgré cette évidence, il faut être conscient que Bercy est fortement tenté par la constitution d'un nouveau grand groupe financier français avec la BNP, à l'occasion de la privatisation.


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